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CMR Chrétiens dans le Monde Rural

Le CMR est un des mouvements fondateurs de l'Action Catholique.

Dans la paroisse de Levier, 3 équipes se retrouvent régulièrement pour réfléchir  et agir ensemble ... Vous trouverez ci-dessous le sens donné à leurs actions.

Chaque année, en octobre, le CMR Régional propose un temps de réflexion et de formation : cette session est ouverte à tous. Cette année, c'est Jean-Yves BAZIOU qui  l'animait. Son intervention "Lire et vivre les temps de crise" est à lire ci-dessous.

Présentation du CMR
Une aide à la réflexion et à l’action

Avec ses 1200 équipes locales et ses 89 fédérations départementales, l’association Chrétiens dans le Monde Rural (CMR) soutient l’engagement de ses membres dans les associations, dans la politique locale et dans l’Église. Elle soutient la formation et la réflexion sur les grandes mutations actuelles par la proposition de conférences-débats, journaux, site internet, participation à la vie du mouvement, « vacances formation »…

Un travail en réseau

En lien avec des partenaires d’Église et de la société civile (CCFD-Terre Solidaire, Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, Action Catholique des Enfants, Solidarité Paysans, PAC 2013, etc), le CMR cherche à impulser de nouvelles dynamiques.

Le rural a de l’avenir !

La ruralité aujourd’hui, c’est la diversité : territoire de vie sociale et économique, lieu de production alimentaire, réserve de biodiversité, espace récréatif… Ses habitants ne doivent pas être tributaires des seuls besoins et nécessités du monde urbain. Des coopérations et des liens sont essentiels à développer.

L’espérance est au cœur du monde

Nous croyons que vivre cette époque est une chance extraordinaire. C’est pourquoi nous aimons le monde d’aujourd’hui tel qu’il est, avec passion, comme il est aimé de Dieu, source d’Amour.

Les objectifs du CMR
  • Donner à chacun les moyens de se réaliser dans sa vie spirituelle, personnelle, familiale, professionnelle et sociale.
  • Offrir des espaces de rencontres pour rompre l’isolement et tisser des liens d’amitié et d’entraide.
  • Mettre en cohérence les engagements au quotidien avec les exigences de l’Evangile, notamment vis-à-vis des plus faibles.
  • Développer de nouveaux liens sociaux entre les habitants des communes rurales, contribuer à améliorer la qualité de vie, lutter contre toute forme d’exclusion et favoriser la solidarité entre ville et campagne.
  • Provoquer la réflexion sur les changements économiques et sociaux et la concertation pour l’action de tous les acteurs sociaux, politiques et économiques des territoires ruraux.
  • Permettre ainsi l’émergence de dynamismes et de projets locaux.
  • Promouvoir les valeurs de la ruralité (rapport à la nature, au temps, aux hommes, à l’espace…).

Session régionale CMR d'automne 2015

Lire et vivre les temps de crise

CMR Chrétiens dans le Monde Rural

Jean-Yves BAZIOU, Session CMR, 2ème journée 9 octobre 2015

  • Vocabulaire de la crise, indices d’une autre lecture de l’histoire
  • Expérience d’une crise : épreuve de la discontinuité et de l’ambivalence
  • La crise : moment de l’itinéraire de notre foi chrétienne
  • La bible lit nos temps de crise et de changements
  • Ouverture sur l’intelligence pascale de l’homme

La foi chrétienne nous invite à lire la fragilité, la recherche de force.

 

  1. Vocabulaire de la crise, indices d’une autre lecture de l’histoire

 

Changement, évolution, crise …

Dès le début du XXème siècle, on analysait l’évolution sous tous ses multiples aspects. « L’Almanach de Sion » avait titré « La Crise » évoquant la crise économique (1929), politique, la crise de la famille, de l’adolescence, de l’autorité, la crise morale, éducative, la crise de la transmission, de la démocratie, de l’Église.

Le vocabulaire de la crise se superpose avec celui de l’évolution, trait type de notre époque. L’analyse de l’évolution des comportements, des mœurs, des goûts, des idées devient un objet d’étude, une science. L’Etat y a recours dès la fin de la deuxième guerre mondiale, pour établir ses « plans » pour piloter l’économie, la politique … Dès lors, les sondages sont au service des dirigeants pour anticiper et répondre à la mobilité permanente dans tous les secteurs de la vie (modes de vie, références, objets familiers, environnement etc.) Le changement est notre quotidien : « Comme tout va vite ! » On est soumis à des remises en cause permanentes : la crise est notre condition.

Le monde nous apparaît comme une réalité fluide, instable, cahotique.

Pendant longtemps, l’histoire se disait en termes d’ères, de siècles, d’époques. Il y avait de longues périodes de régularité, de continuité. Aujourd’hui, on lit l’histoire à partir des ruptures, on porte attention au discontinu. On cherchait de l’homogène, des points communs ; maintenant, on cherche du différent. Notre souci est la tradition du neuf. Nous n’arrêtons pas de parler de retours … qui sont compris comme de nouvelles ruptures : retour de la religion –perçue comme nouvelle- l’adoption d’une manière ancienne de s’habiller pour faire rupture … 

La mobilité qui s’accélère, la conscience que tout bouge mènent à penser en termes de dynamique de changement et génèrent de l’inquiétude et une sorte d’impatience de l’esprit.

 

  1. Expérience d’une crise : épreuve de la discontinuité et de l’ambivalence

 

Le changement, la discontinuité ont des facettes positives et négatives :

- une rupture d’équilibre

Quand un événement vient perturber la vie régulière d’une famille ou d’un groupe, cela peut engendrer deux attitudes : la volonté de dépasser le trouble pour retrouver de l’ordre ; la peur, l’angoisse du désordre.

- l’incertitude

Ignorer l’issue d’un changement peut faire peur : on ne sait pas ce qui peut advenir – le meilleur ou le pire ? – Il faut du temps pour que mûrisse quelque chose de neuf mais le fait que l’incertitude dure et qu’on ne puisse pas espérer une solution immédiate génère du stress.

- l’identité est mise en jeu

Négativement quand le changement bouscule tout ce qui me structure au point d’éprouver un sentiment de cassure, de perte d’identité. Au vocabulaire du changement se substitue le vocabulaire de la perte : perte des valeurs, des repères …

Positivement quand le changement est vécu comme le moment d’une « épiphanie », un temps pour s’enrichir de nouvelles données, l’occasion de gagner un supplément d’identité. « La crise n’est pas une panne de croissance, c’est un changement de monde. »

- Le changement révélateur

Il donne à voir un conflit entre forces concurrentes, il met au jour les désaccords. Moment de vérité décisif qui exige discernement, jugement. Il met en jeu des forces de décision – de destruction ou de changement – où se joue une évolution. Dans le cas où la crise serait catastrophique, on pourrait en souligner les fonctions 

* d’avertissement (vigilance par rapport à la limite de puissance, nos limites face à la nature et à la permanence d’un danger),

* pédagogiques (correction de négligences ou d’erreurs en tirant des leçons : ex. éviter de construire des centrales sur des failles sismiques)

* d’alerte (se méfier des discours catastrophistes, de l’utilisation politique des catastrophes : la multiplication des contrôles des déplacements, des communications –internet- contrôles policiers … peuvent servir à enchaîner les hommes, à domestiquer les esprits.)

 

 

  1. La crise : moment de l’itinéraire de notre foi chrétienne

 

Du côté du croyant, le changement peut être pensé négativement. On pense Dieu dans une logique de stabilité, de permanence, d’immuabilité : il suffit de faire un retour sur notre civilisation, ses 1000 ans de stabilité, de sédentarité. Or, dans l’histoire de la foi, c’est notre relation à Dieu qui est touchée par les nouveautés de l’histoire.

Les changements sont les temps forts de l’expression de la foi. La Bible relit les temps de crise, les temps de troubles, comme des moments privilégiés de la présence de Dieu. Dieu se révèle dans l’Exode et non en Egypte ; dans l’exil, comment garder son identité en terre étrangère ? Dans les Maccabées, à l’heure des persécutions ; Jean-Baptiste et Jésus surgissent à la veille de la guerre contre les Romains (un attentat par semaine à Jérusalem dans cette période !) : l’ouverture de l’Eglise aux nations se fait entre les communautés juives et hellénistiques.

C’est dans les temps de changement qu’apparaît la nouveauté de Dieu. Ce sont des temps spirituellement riches qui cassent les images qu’on se faisait de Dieu. Images, représentations, vocabulaire liés au passé. Dieu est plus grand que l’image qu’on a de lui, différent de ce qu’on peut imaginer de lui, il est autre que l’image immuable donnée par la stabilité passée : les questions posées par un climat de crise obligent tout croyant à approfondir son approche de Dieu et sa relation avec lui.

Il en est de même dans nos parcours personnels : des rencontres, une intuition, un amour, nos fréquentations intellectuelles ; la maladie, un échec ou une réussite, un décès. Quelque chose ou quelqu’un surgit et un monde autre naît de cet autre. La crise, le surgissement du neuf a un caractère inattendu (Dieu est une négresse !). Ce surgissement est propice à l’accueil d’une révélation. On associe Dieu à la surprise.

C’est dans ces temps de rupture qu’on est plus réceptif à une révélation … Mais il faut beaucoup d’attente au cœur pour percevoir la différence de Dieu. On peut penser la prière comme une rencontre, comme un geste, qui nous maintient ouverts à la surprise. Quand l’attente est ouverte, le moindre signe fait sens et, même si on est lent à comprendre, - on ne comprend d’ailleurs qu’après coup, ex. les disciples d’Emmaüs - Dieu se donne à voir dans les situations les plus inattendues. C’est dans le délai entre l’événement et l’intelligence de l’événement que se situe la relecture, qui permet de faire apparaître le sens dans les ruptures. La relecture croyante fait comprendre que c’est dans les ruptures que Dieu nous advient. Le changement est une expérience de pauvreté : au lieu de le lire négativement, il est à entendre comme un appel à la conversion et à vivre comme un moment de notre parcours de foi. Il est l’occasion d’ouvrir de nouvelles pistes pour des expériences spirituelles, en gardant à l’esprit :

Dieu est plus grand que l’expérience qu’on en a. Il est toujours à découvrir.

Dieu est le point de départ d’une nouvelle recherche.

Dieu, l’imprenable, continue à parler.

 

  1. Les ressources de la foi

 

Toutes les religions jouent sur deux volets :

- Assumer la fragilité

- Rechercher la force

 

La fragilité

La fragilité fait partie de l’humain et ne peut être évacuée ni des personnes ni des institutions. Elle s’éprouve dans l’action engagée pour la maîtrise des institutions, de l’environnement etc.; elle se mesure toujours au pathétique de l’existence, à la menace qui met la vie en danger ; elle doit toujours intégrer l’incertitude, parce que, bien que s’appuyant sur du rationnel, ça n’empêche pas la défaillance :

  • Physique (il n’y a pas d’énergie inépuisable)
  • Dans les rapports sociaux : même au cœur des plus grandes fraternités (jalousies, infidélités, exploitation de nos faiblesses par un plus fort, institutions de solidarité dont les membres se déchirent pour le pouvoir etc.)
  • Défaillance personnelle (trop peu humain, confiance limitée, lâcheté ou complaisance etc.)
  • Ambivalence de la générosité : puis-je évaluer les conséquence de mon dévouement ? Il ne suffit pas de penser l’action juste mais la justesse de l’action : Justice ≠ Justesse

Nos fragilités disent les limites de la vie. La foi vient là, sur les questions où on se sent fragile. La force de la foi est de chercher à comprendre les fragilités. Dans des lieux dits chrétiens, on peut pratiquer la grande écoute qui laisse s’exprimer la peur, le grotesque, le médiocre, l’insensé, la folie … La foi est au-delà de l’optimisme et du pessimisme, elle sait que l’être humain est plus grand qu’il le croit. Nous cultivons la miséricorde (aller au plus bas de l’être). Dieu se place encore plus bas pour nous relever. La foi nous inspire une manière de vivre avec nos fragilités que nous ne surmontons jamais tout à fait, c’est pourquoi il faut les prendre au sérieux : nous sommes et nous restons des êtres de fragilité.

La foi nous dit qu’il y a toujours une issue, que nous pouvons prendre à bras le corps la fragilité et pour cela, elle offre tout un registre de mots, de langages pour évoquer les façons de nous porter. Une invitation à méditer le portement de croix par Jésus « Il est plus grand que ce qui l’empêche de marcher ». La foi réactive en nous la mémoire de la limite humaine : on ritualise, on symbolise la limite pour la mettre en face de soi. Dans le discours de la Sagesse il y a un éloge de la manière de supporter la fragilité, un art de vivre avec ce contre quoi on ne peut pas lutter. Vivre avec la fragilité fait dépasser la plainte, le désir d’être immortel ou épargné. C’est l’art d’intégrer le négatif comme étant une part de nous-mêmes … pour se porter mieux !

 

La recherche de force ou l’intelligence pascale

Dieu ressource de force : associer Dieu à la force, c’est dire que la force est la plus haute des valeurs. Personne ne peut résister sans force, la force est un principe de vie. Dieu a mis en nous une force de vie qui nous fait partager quelque chose de la puissance de Dieu : on trouve cela dans deux grands récits, la création et les récits de salut qui offrent un plénitude de vie à venir. Quand la foi parle de force, elle montre un appétit d’être, une force de salut. C’est ce que cherchent les humains, un appel qui fasse vivre. C’est le fond de la demande des chrétiens : rétablir la personne dans ses capacités vitales. C’est la force de ce qui se passe à Lourdes : au centre de la fragilité et de la finitude humaine, l’espoir d’aller mieux. La foi est vécue comme dynamogénique (= génératrice de force). L’Eglise nous met en rapport avec le charisme de Jésus, le soignant, qui réconcilie chacun avec la conscience de se savoir sauvé : - Que dois-je faire ? – Ta foi t’a sauvé.

La foi, génératrice de force, individuellement ou collectivement pour résister au mal, aux malheurs, au néant. Dans la confiance première qui continue d’irriguer notre humanité, on puise la force d’agir pour revigorer nos capacités, inventer le présent, ouvrir de nouveaux possibles. L’Eglise et ses instances, instances de recours, réservoirs de ressources, viennent en appui par des paroles qui relancent.

Résurrection, la mort surmontée, la crise surmontée.

Résurrection, un mot au-delà de la crise, un passage au-delà de la mort : - Ne restez pas figés, sidérés par la résurrection, allez …

Dans les crises, sociales ou autres… allez … à la rencontre des autres.

 

Lire : « Autrement Vivant » d’Emmanuel FALK

 

D’après les notes de Jeannine MYOTTE

 

 

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