Chapelle-d'Huin, Boujailles, Villers-sous-Chalamont, Arc-sous-Montenot, Villeneuve-d'Amont, Crouzet-Migette, Sainte-Anne, Gevresin, Labergement-du-Navois, Septfontaines, Evillers, Le Souillot
Je garde de beaux souvenirs de mon enfance, égayée par l'amour et par la foi de mes parents. Une foi très fervente et engagée, qu'ils ont voulu transmettre à leurs cinq enfants. J'ai donc baigné dans la religion, mais avec une certaine liberté. Ainsi, très tôt, j'ai commencé à me poser mille questions sur ce Dieu auquel je n'accrochais pas, sur la messe où je m'ennuyais prodigieusement.
Quelque chose me gênait, me rebutait. Et cela me travaillait. Une soirée pluvieuse, alors que je me baladais seul dans un square, je me suis adressé à lui du haut de mes 12 ou 13 ans : « Si tu existes, manifeste-toi. Je veux te voir ! » Sur le coup, je n'ai pas eu l'impression d'avoir été entendu. Les mois suivants non plus d'ailleurs (rires). Puis, nous avons quitté le vignoble bordelais pour celui de Carpentras, dans le Vaucluse - mon père est ingénieur agronome spécialisé dans le vin.
À 14 ans, on a besoin de s'affirmer, alors, forcément, j'ai remis en cause encore plus frontalement ma pratique de la foi - en vérité, je ne savais même pas si je croyais. Heureusement, malgré ma timidité et ma difficulté à m'intégrer, je me suis lié d'amitié avec trois gars de mon collège, dont Paul, qui partageaient mes interrogations existentielles. Au fil de nos discussions, nous avons compris qu'il nous fallait aller au bout de nos questions.
Je me suis donc inscrit à une retraite de préparation à la confirmation organisée par le diocèse. C'était à la Sainte-Baume. Le soir, impossible de dormir sous ma tente - j'avais oublié mon tapis de sol ! À 1 heure du matin, je me suis réfugié dans un minilocal, à l'abri du froid et du vent et, pour passer le temps, j'ai décidé de lire les Évangiles. Je me disais que j'en apprendrais un peu plus sur ce Jésus que je ne connaissais pas. Et là, à ma grande surprise, il m'a séduit.
Comme les disciples d'Emmaüs, mon coeur est devenu tout brûlant au fil de la lecture. Je réalisais que Jésus était une personne vivante. Son histoire n'appartenait pas au passé : quelque chose de mon présent et de ma vie réelle était concerné. Quand j'ai levé le nez, le soleil était déjà là ! Cette expérience spirituelle intense ne m'a pourtant pas empêché de galérer l'année suivante, au lycée. N'ayant pas la culture des autres, j'étais pétri d'angoisses.
Pour m'aider, ma mère a eu la drôle d'idée de m'envoyer à Avignon suivre une retraite animée par un mouvement charismatique appelé Bethabara. J'y suis allé en traînant les pieds mais, à l'arrivée, j'ai lâché mes réticences, histoire de vivre le truc à fond. Pendant la veillée où l'on était invité à remettre sa vie à Dieu, j'ai été frappé de voir Charles Auclair, l'un des chanteurs du groupe de pop louange chrétienne Hopen, pleurer en chantant.
À un moment donné, j'ai fermé les yeux et je suis parti ailleurs - à l'intime de moi-même plutôt. Et j'ai demandé à Dieu le salut : « Si tu m'aimes, je veux bien tenter le coup. Viens au coeur de ce que je suis, de ce qui m'angoisse ou me rend la vie triste et difficile. »
J'ai eu soudain la certitude d'être rejoint par Lui, et cette rencontre a fait naître en moi un sentiment profond de joie, de lumière, de paix, de pur bonheur et d'immense liberté - il n'y a pas de mot pour décrire cette ouverture du coeur qui était la réponse du Seigneur à mon cri. Depuis ce coup de foudre, on peut me dire ce qu'on veut : je crois ! Et je sais, jusque dans ma chair, que la foi n'est pas une affaire de psychologie ou de phénomène de groupe, mais une rencontre réelle avec un Dieu vivant.
De retour à Carpentras, j'ai retrouvé mon quotidien sans rien y changer, si ce n'est que je l'habitais avec l'assurance d'être aimé. Et cela change tout ! J'avais la sensation que Dieu m'avait doté d'un pouvoir, non pas de possession, mais de don libre de moi-même : je pouvais aimer la vie, les autres et ma petite personne, sans avoir besoin d'être le mec le plus cool du lycée ! S'est installée aussi une relation vivante et constante avec Dieu.
Quand je priais, je ne projetais pas de pensées dans le vide, mais je parlais à quelqu'un et celui-ci me parlait - c'était un nouveau langage. Au cours de ces dialogues, le Seigneur venait visiter l'une après l'autre ces zones de mon être et de mon existence qui nécessitaient d'être guéries. Avec mon ami Paul, nous nous sommes investis dans l'aumônerie et, chaque vendredi soir, après les réunions, nous restions sur un rond-point de notre bled pour parler de Dieu et du monde, parfois jusqu'à 3 heures du matin !
Nous avons grandi ensemble avec Paul, y compris dans la foi. Quand il s'est mis à apprendre la guitare, je l'ai suivi en autodidacte. Je jouais déjà de la batterie depuis mes 12 ans, mais cet instrument m'attirait et j'ai pu alors composer mes premières chansons à la fin du lycée. Ma culture musicale se limitait aux groupes que mon frère écoutait, comme les Black Eyed Peas. Il fallait que ça pulse.
C'est à l'Istom, école supérieure d'agro-développement international située à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), que j'ai accroché vraiment avec le rap - cette musique hyper rythmique offre un champ de liberté d'expression quasi infini. Je dois cette trouvaille à un groupe d'amis qui ne partageaient absolument pas ma foi, et qui étaient même très critiques envers l'institution - comme l'écrasante majorité des étudiants. J'ai mûri à leur contact, évolué dans ma vision de la religion et dans mon rapport à Dieu et à la société.
Lorsque je leur ai fait écouter le premier rap catho que je venais d'écrire, en 2015, ils ont vraiment aimé, alors même qu'ils étaient athées. Leur joie a décuplé la mienne, si bien que j'ai continué à en écrire. Un soir de ma dernière année d'école, j'ai regardé Walk The Line, un biopic sur l'icône de la country-rock Johnny Cash. Je ne me l'explique toujours pas, mais ce film, qui n'avait rien d'extraordinaire, m'a fait entrer dans une prière profonde.
L'Esprit saint était là, sa présence était prégnante, tangible. Un grand silence s'est fait en moi, et j'ai alors reçu ces paroles du psaume 103 : « Car il te pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe et te couronne d'amour et de tendresse. » J'étais secoué, car chacun des mots du psalmiste reprenait mystérieusement les mois difficiles que je venais de vivre au Cambodge où j'étais parti en stage.
Des problèmes de santé et une histoire malheureuse avec une fille m'avaient entraîné dans une dépression d'autant plus noire que j'étais envahi par un désir de perfection personnelle inatteignable. La Parole m'a littéralement libéré de cette pression, de cet idéal dans lequel je m'étais un peu perdu. Et je suis ressorti de ce moment avec la certitude que l'amour est inconditionnel et un appel fort à témoigner de Dieu, quel qu'en soit le moyen. Cette libération intérieure m'a aussitôt insufflé une inspiration : je me suis mis à rapper du matin au soir et du soir au matin.
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