La Conférence des Évêques de France invite les catholiques à s'interroger sur les causes du « malaise profond » que traverse la France, notamment visible par le biais du mouvement des gilets jaunes, en créant des groupes de dialogues susceptibles d'apporter des solutions.
Alors que le président de la République s’est exprimé publiquement lundi 10 janvier, le mouvement des gilets jaunes se prolonge et de nouvelles manifestations et blocages sont attendus ce week-end.
Les évêques de France sont conscients de l’importance de la crise qui touche le pays et s’inquiètent de son prolongement qui serait dommageable.
C’est pourquoi, le conseil permanent de la CEF, propose aux catholiques de susciter des groupes d’échanges qui pourront aboutir à des propositions concrètes. Pour aider à l’organisation des interactions, les évêques ont formulé cinq questions :
1/ Quelles sont, selon vous, en essayant de les hiérarchiser, les causes principales du malaise actuel et des formes violentes qu’il a prises ?
2/ Qu’est-ce qui pourrait permettre aux citoyens dans notre démocratie de se sentir davantage partie prenante des décisions politiques ?
3/ Quels sont les lieux ou les corps intermédiaires qui favoriseraient cette participation ?
4/ Quel « bien commun » recherché ensemble pourrait fédérer nos concitoyens et les tourner vers l’avenir ?
5/ Quelles raisons d’espérer souhaitez-vous transmettre à vos enfants et petits-enfants ?
Cette proposition découle du constat que « notre démocratie manque de lieux d’échange et de réflexion » et que l’Eglise catholique « dispose d’un maillage de milliers de paroisses, réparties sur l’ensemble du territoire et riches de la présence de multiples mouvements, aumôneries et associations de fidèles. »
Le conseil permanent suggère d’inviter le plus de personnes possibles (catholiques ou non) afin de faire émerger des idées qui seraient transmises ensuite aux élus et aux évêques.
Nous sommes tous responsables du dialogue
Notre pays est secoué depuis plusieurs semaines par des manifestations importantes de personnes exprimant leur souffrance et leurs peurs. Des changements profonds qui marquent notre société, des choix politiques mal compris accentuent le sentiment d’exclusion. Cette crise montre à l’évidence un déficit d’écoute et de dialogue dans notre pays, des ruptures et des incompréhensions que vivent beaucoup de nos concitoyens, une méfiance croissante dans toute institution et la perte de confiance dans les corps intermédiaires.
Nous sommes témoins des violences qui ont émaillé les manifestations de ces dernières semaines. Elles ne mènent à rien et ne peuvent être en aucun cas un mode d’expression du malaise ressenti. Nous les condamnons sans réserve. Aujourd’hui, nous appelons chacun à assumer ses responsabilités et à accepter les voies de dialogue qui sont possibles pour que les choix nécessaires puissent être assumés dans le respect de chacun. Nous redisons que la solidarité doit être au cœur des relations humaines, tout spécialement vis-à-vis des plus fragiles. Seul, un dialogue courageux et constructif pourra contribuer à la recherche du bien commun.
J’appelle les catholiques à porter notre pays dans la prière en ce temps où nous attendons la venue du Prince de la Paix et à être chacun, là où il est, artisan de ce dialogue respectueux de l’autre.
+ Georges Pontier, Archevêque de Marseille, Président de la Conférence des évêques de France