Chapelle-d'Huin, Boujailles, Villers-sous-Chalamont, Arc-sous-Montenot, Villeneuve-d'Amont, Crouzet-Migette, Sainte-Anne, Gevresin, Labergement-du-Navois, Septfontaines, Evillers, Le Souillot
© THOMAS LOUAPRE/DIVERGENCE
De l'animal machine à l'animal sensible, Guylain Pageot, éleveur chrétien, explique sa prise de conscience
« Le moment le plus important, c'est la traite du matin. Il est tôt, il n'y a presque pas de bruit et nous avons construit notre bâtiment d'élevage de façon à prendre le lever du soleil en pleine face. Je suis seul avec nos vaches, une soixantaine. C'est le don du lait. Je vis ce moment comme une espèce de contemplation des forces de la vie. Pour moi, et c'est très personnel, c'est peut-être ce que Dieu a fait de plus beau. »
Avec pudeur et retenue, Guylain Pageot, éleveur laitier en biodynamie à Bourgneuf-en-Retz (Loire-Atlantique), à une quarantaine de kilomètres de Nantes et cinq à peine du littoral vendéen, raconte l'évolution de ses relations avec ses animaux. Il reconnaît d'ailleurs qu'il revient de loin.
« Quand j'ai fait mes études d'ingénieur agronome dans une école à Rouen, on ne voyait l'animal que dans sa fonction mécanique : pour qu'il produise tant, il faut lui donner tant de ration alimentaire, se souvient Guylain. C'est à la fois la rencontre avec Bruno Giboudeau, un vétérinaire du Jura, créateur de la méthode Obsalim, fondée sur l'observation des animaux, et aussi l'arrivée de Stéphanie dans ma vie (devenue son épouse et la présidente de la Fédération nationale de l'agriculture biologique, ndlr), qui m'ont ouvert les yeux sur un autre rapport à l'agriculture. » La traduction concrète de cette évolution est, en 1988, l'installation à la ferme du Marais-Champ sur 180 hectares, adossée à la méthode de la biodynamie : pâturage dans les champs, préservation du bocage, autonomie céréalière, bannissement des pesticides, soin des animaux à l'homéopathie, etc.
Je passe dorénavant beaucoup de temps à observer mes bêtes pour mieux les comprendre.
Dans l'évolution de Guylain, il y a aussi l'apport, en 2015, de l'encyclique Laudato si' : « En tant que chrétien, c'est un texte que j'attendais. Et il m'a beaucoup parlé. Le pape François nous y incite au respect de la Création. Reconnaissons d'ailleurs que le monde agricole a été trop loin dans le processus d'industrialisation de l'élevage et l'utilisation de la terre. Moi, je suis dans un cheminement et un questionnement permanent avec mes associés, les consommateurs et aussi nos animaux. Par la pratique de mon métier de paysan - je déteste le nom d'exploitant agricole -, j'ai ainsi découvert que les animaux sont des êtres sensibles qui ont besoin de bien-être. Et je passe dorénavant beaucoup de temps à les observer pour mieux les comprendre », résume Guylain.
Reste l'épineuse question de l'abattage. Ainsi, durant la lutte contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, Guylain et Stéphanie ont souvent été en contact avec des groupes végans pas toujours commodes (voir le lexique p. 34). « Certains sont sectaires, mais d'autres posent aussi de bonnes questions, analyse-t-il. Et j'en suis venu à la conclusion que, pour que la mort des animaux ait un sens, il faut que leur vie en ait un. C'est un contrat moral que nous passons avec nos animaux et qui nous oblige à les accompagner jusqu'au bout. » D'où le groupe de travail, avec une quarantaine d'éleveurs du département, pour mettre en place un abattoir mobile qui irait de ferme en ferme, afin de supprimer les mauvaises conditions de transport et le stress du dernier voyage.
Irait-il jusqu'à être favorable à un droit des animaux ? « Cela dépend de ce que l'on met dans le mot droit, répond Guylain. Si c'est du respect et de la bienveillance, bien sûr que oui. Si c'est dans le sens que l'entendent certains antispécistes (voir encadré p. 36) qui ne font, eux, aucune différence entre les animaux et nous et qui revendiquent la disparition de l'élevage, non. En fait, je suis pour une nouvelle alliance entre les éleveurs et leurs animaux. »
La star du salon s'appelle Imminence et sera l'égérie du Salon de l'agriculture (du 23 février au 3 mars, à Paris). De race bleue du Nord, naguère en voie en disparition, et cajolée dans une ferme du réseau Biolait, elle est la vitrine paradoxale d'une agriculture qui fait encore beaucoup trop la part belle au productivisme. www.salon-agriculture.com